Ce qui fait le philosophe est un espoir tout autre que les espoirs multiples et mondains du commun des mortels. Les espoirs humains portent sur les choses du monde, les réalités intramondaines. Les hommes espèrent ceci ou cela dans le monde. Le philosophe renonce aux conquêtes mondaines. A cet égard, il n’espère rien, ou plus rien : aux espoirs des non-philosophes s’oppose l’inespoir du philosophe. (…) L’espoir propre du philosophe porte sur ce que l’on tient pour « inespérable » : la vérité, à savoir quelque chose d’autre que le monde ou la réalité dans son ensemble – le discours vrai de cette réalité, qui est « hors » du tout, étant discours du tout. Etre philosophe, c’est espérer autre chose que tout ce à quoi on peut s’attendre déterminément dans le monde, autre chose que tout, à savoir la vérité sur le tout.

Marcel CONCHE, « Commentaire du Fragment 18 (DK) », in HERACLITE, Fragments, trad. M. Conche, PUF, 1986, p. 246.

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